L’Aïkido est un art de la relation avec le partenaire, une sorte de poésie de la connexion… Face à une attaque, une frappe ou une saisie, celui qui est attaqué va sortir du point d’impact, déséquilibrer l’attaquant, et puis lui porter la technique qui va amener ce partenaire-attaquant à chuter ou à être immobilisé. Toujours… enfin, presque toujours… Ainsi, des milliers, des dizaines de milliers de fois… Ainsi, la moitié d’une vie de pratiquant d’Aïkido, sur le tapis, se passe à chuter. À aller au sol. L’autre moitié, par inversion des rôles, à amener au sol, à faire chuter… Ainsi, les maîtres disent que l’on apprend en chutant… Ainsi, des gammes aux symphonies, de l’alphabet aux épopées, en Aïkido, on chute… et on se relève…

Ne croyez pas que ce soit compliqué, désagréable, laborieux. Bien au contraire! L’apprentissage de la chute est progressif. Peu à peu, on apprend à vaincre l’appréhension du vide, la perception du sol qui se dérobe et des tapis qui se rapprochent très très vite: le pratiquant le plus ancien va guider le débutant: au début, celui-ci chutera à genoux, et puis plus haut, et puis, et puis, et puis… à la fin il fera (peut-être!) de ces chutes en feuille morte, de ces cascades artistiques, se retournera pour retomber sur ses pattes, comme un chat…

Le corps du partenaire, ce corps qu’il nous confie est, dans tous les cas, pour le pratiquant, chose sacrée: la chute est une esquive. Il faut l’enseigner ainsi et la percevoir: sans choc!

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